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Siguiri : Le calvaire des femmes de la cité de Körö

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Communément appelée Körö, en référence à l’aridité de la zone, la cité construite par la SAG, abrite environs 380 familles déguerpis de force en 2015 du site Area One. Bâtie à cheval entre l’usine de la SAG et le village de kintinian, à 33 kilomètres de Siguiri, cette habitation encore flambant neufs construits au regard des visiteurs, ne répond pas aux attentes de ses nouveaux locataires, notamment les femmes.

La vie dans cette nouvelle cité à Kintinian, dans la préfecture de Siguiri est tout sauf commode au regard du quotidien de ses occupants. Cette cité qualifiée de joyau par la SAG, manque notamment de confort à tous les niveaux.  Enclavée, sans électricité, ni cuisine,  peu d’eau et sans  toilettes appropriées,  Körö est loin d’offrir confort et commodité promis  à ses occupants.

Vivre dans cette cité ne semble pas être reluisant pour les femmes. L’amertume est perceptible sur leurs visages, obligées de déménager avec leurs familles à défaut de trouver un gite ailleurs.

Comme ses cohabitantes, Mariama Camara se sent entièrement coupée du reste du monde à cause de sa nouvelle vie dans cette cité. «  La vie ne semble plus suivre son court habituel », déplore-telle, tout en expliquant le calvaire des femmes dans la recherche d’eau potable.

Dans cette cité les femmes sont soumises à une corvée d’eaux. Tous les jours, elles parcourent plus d’un kilomètre pour gagner un bidon de vingt litres. « Nous sommes dans un désert ici. Pas d’électricité, sans eau suffisante et en plus, nous n’avons pas aussi de marché. Pour acheter les condiments, il faut joindre le marché Kintinian  moyennant 10.000 fg pour le transport ou alors  couvrir plus de quatre kilomètres à pieds », a ajouté cette trentagénaire et mère de deux enfants.

Avec environs 380 familles, la cité Körö ne dispose que cinq forages dont deux qui sont en bon état. Pourtant, une consultation avait eu lieu pour l’élaboration du plan d’action de réinstallation et de compensation des populations concernées. Ce plan prévoyait un accompagnement substantiel des communautés affectées, les personnes vulnérables et exclues. Mais exclus de ces consultations, les femmes ignorent toutes  les consultations assorties du Plan d’action de relocalisation et de Compensation (PARC), qui a prévalu leur délocalisation.

Nakany Keita, une veuve quinquagénaire déclare : « lorsqu’ils sont venus pour le recensement, ils ont demandé à rencontrer mon fils. Je n’ai aucune connaissance des clauses du recensement et c’est sur ma tête que repose le plus grand fardeau de la souffrance qu’on endure ici».

Les autorités préfectorales ont joué un grand rôle dans le cadre du déguerpissement d’Area One. Malgré son implication, le  préfet de Siguiri estime que la SAG n’a pu remplir toutes les conditions prévues pour la relocalisation. C’est pourquoi plusieurs organisations nationales et internationales se sont déployées pour faire respecter  des droits légaux des communautés par la SAG et le gouvernement.

Pour rappel, en 2016, les ONG Communities first, advocates for community alternatives, Mêmes Droits pour Tous (MDT), et le CECIDE (Centre du commerce international pour le développement) ont enquêté sur les conditions de relocalisation des populations d’Area One. Selon Boubacar Diallo, responsable des programmes mines du CECIDE, les textes légaux en matière de délocalisation ont été violés. « En tous les  cas, au nom des communautés victimes, ces organisations ont porté plainte contre la SAG.  Mais nous attendons une mission de la Banque  Mondiale en septembre pour une médiation entre les deux parties. Mais si toute fois un compromis n’est pas trouvé, on continu la procédure judiciaire enclenchée», a-t-il annoncé.

En attendant l’aboutissement de cette démarche, les femmes de la cité  Kôrô, comme toutes celle vivant dans les zones d’exploitation minière,  n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Fatoumata KANTE

 

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